Léonard ne veut pas de directeurs d’école divorcés

LeonardLe numéro d’octobre de « Pastoralia », la revue du diocèse de Malines-Bruxelles, n’est pas passé inaperçu. Le primat de Belgique, Mgr Léonard, y tient des propos pour le moins étonnants. Il estime « que les divorcés doivent éviter les tâches qui les placent dans une position délicate ou difficile. » Concrètement, cela signifie qu’il leur déconseille d’enseigner la religion ou d’exercer une fonction de direction dans l’enseignement catholique.
L’information, d’abord relayée par Het Laatste Nieuws et le groupe Sudpresse, a fait le tour de toutes les rédactions du pays. Les réactions n’ont pas tardé. Le président du collège des directeurs de l’enseignement fondamental catholique, Jean-Pierre Merveille, a jugé ces propos aberrants. « Un cadre légal garantit une distinction claire entre les vies privée et publique. » Un avis partagé par le Segec, le Secrétariat général de l’enseignement catholique mais aussi par les associations de parents. Pierre-Paul Boulanger, président de l’Union des fédérations des associations de parents de l’enseignement catholique (Ufapec) a rappelé que la seule chose qui compte est que « la personne réponde aux conditions légales pour être engagée. »
Discrimination à l’embauche?
La ministre de l’Enseignement est également sortie de sa réserve. Interrogé par l’Agence Belga, le cabinet de Marie-Dominique Simonet a précisé qu’en tant que garante de la légalité, elle rappelle que les décrets concernant la nomination des directeurs d’écoles ne se basent pas sur des questions d’ordre privé pour la sélection des candidats. Elle entend rester attentive à toute forme de discrimination directe ou indirecte, tout en respectant les prérogatives des pouvoirs organisateurs.
Le Centre d’Action Laïque s’est également fendu d’un communiqué dans la journée dénonçant cette nouvelle intrusion de l’Eglise dans les affaires de l’Ecole.
Le CAL entend exprimer sa solidarité aux nombreuses personnes et associations catholiques proches des milieux scolaires qui se sont mobilisées pour dénoncer cette nouvelle intrusion de l’Eglise dans la vie privée des personnes et dans l’organisation de la société. Faut-il rappeler en effet que l’enseignement catholique est subventionné à 100% par les pouvoirs publics et que nous ne sommes plus sous le régime concordataire du XIXe siècle ?
Les propos de M. Léonard contreviennent directement aux lois anti-discriminations belges qui interdisent un refus d’embauche sur base de l’état civil des personnes. En outre, laisser entendre que des personnes divorcées ne seraient pas à même d’exercer des responsabilités au sein de l’école est outrageant et insupportable. Le conservatisme et la vision du monde scolaire dont fait preuve le primat de Belgique semble heureusement n’avoir aucun écho positif dans les milieux catholiques, que le CAL ne peut qu’encourager à ne pas se laisser entraîner dans une dérive rétrograde.
Le CAL, au nom de la liberté individuelle, de l’émancipation de la personne et du droit de chacun au bonheur affirme haut et fort son soutien aux enseignants visés ainsi qu’à tous ceux qui, dans la société, pourraient être victimes de discriminations à l’embauche pour des motifs liés à leur état civil, à leur origine, à leurs opinions (dans le respect de la démocratie) et à leur orientation sexuelle – sujet sur lequel le clergé belge n’a du reste de leçons à donner à personne.
1. Le Soir – 12.10.11 [?]
2. RTBF info – 12.10.11 [?]